J'ai commencé très fort avec Mygale de Thierry Jonquet. Introuvable à la médiathèque (il date de 1984), j'ai du l'acheter. J'ai été captivée par la lecture et je n'ai pas laché mon bouquin du début à la fin. Thierry Jonquet avait une sacrée imagination tordue... Il est mort trop tôt cet homme. Du coup, la version cinématographique de Pedro Almodovar est fade... C'est dire... Mais je n'en dirai pas plus, impossible à raconter puisque c'est un polar et que dans les grandes lignes, la B.O. annonce la couleur...

mygale
Je suis passée à tout autre chose avec Saint Laurent mauvais garçon de Marie-Dominique Lelièvre. C'est une biographie non autorisée de l'enfant pas si sage de la haute couture. Pierre Bergé a apparemment essayé de mettre des bâtons dans les roues de l'écrivain mais elle a su prendre les chemins de traverse. Le résultat est vivifiant, enrichissant et décrit avec grace et humour le parcours unique de celui qui avait tout compris des femmes et des médias de l'époque. On n'a pas tous un Pierre Bergé comme compagnon, rempart et garde-fou, il en a eu de la chance Yves... Amusant, j'ai passé juste après cette lecture, quelques jours sur l'île d'oléron tout près de la maison de famille des Bergé.

51_AdOVt6wL__SL500_AA300_

ny_093photo prise à NY en face du plaza au mois de mais dernier.

J'ai enchaîné avec Hors de l'abri de David Lodge. Lui c'est mon chouchou, j'aime tout ce qu'il écrit. Cet opus n'est pas tout récent et très autobiographique. C'est l'histoire d'un teenager londonien (toute ressemblance avec l'écrivain est fortuite) qui est né avec la 2e guerre mondiale, a connu le blitz et les privations sans fin d'après guerre. Il rejoint en Allemagne pour des vacances d'été sa grande soeur qui s'est engagée dans l'armée américaine et travaille à la reconstruction. Un contexte original, une découverte de cet après-guerre côté américain que j'ignorais totalement, et pour le héros, un parcours initiatique loin des sentiers battus.

517056ZQPHL__AA240_

Changement de décor avec Le baron perché d'Italo Calvino. Mais comment ai-je pu attendre d'avoir 43 ans pour lire ce chef d'oeuvre ??? Un bijou d'invention et de drôlerie. Un hymne à la nature et à la liberté, un conte philosophique qui m'a amené ensuite à lever la tête vers les arbres centenaires des cévennes, espérant apercevoir dans un chataîgner ou un chêne vert l'ombre de ce guide si sage et si fou à la fois. J'ai refilé le virus à tous ceux autour de moi qui ne l'avaient pas encore lu, je ne suis pas prête de remettre la main sur mon exemplaire de poche !

poster_77764
Après cette divertissante et néanmoins riche récréation, j'ai avalé du très lourd. Purge de Sofi Oksanen est sans nul doute le roman de l'année mais il fait mal aux tripes... Très, très difficile de lire la descente aux enfers de cette jeune femme peu après la chute de l'URSS. Zara, attirée par les lumières de la ville et l'argent facile, tombe dans le piège de la prostitution entre Vladivostok et Berlin. Elle fuit et son seul point de chute est le jardin de sa tante restée en Estonie. Aliide n'a pas connu meilleur destin que cette nièce qui lui tombe du ciel au crépuscule d'une vie rongée par les viols collectifs en temps de guerre, les mensonges et les non-dits. Un livre très documenté mais qui laisse un goût de fiel dans la bouche et ce, jusqu'à l'épilogue.

41I5_VFMJdL__SL500_AA300_

 J'ai fait une petite pause ensuite. Mais il faut croire que Purge ne m'a pas suffi. J'ai ouvert la boîte de Pandore. Les Disparus de Daniel Mendelsohn. 920 pages environ dans l'édition de poche... Daniel est né à New York dans une famille juive exilée. Tous ses ancêtres ont fui l'Europe nazie sauf son Grand-Oncle Shmiel, sa femme et ses 4 filles. Ils seront engloutis par la Shoah. Daniel part sur les traces de cette famille disparue après un travail de recherche qu'il débute enfant en questionnant directement les membres de sa famille. Au début des années 2000, il part à la rencontre des témoins encore en vie dispersés sur la planète. Australie, Israel, Pologne, Suède. Il veut savoir. Tout ce dont ils se souviennent, le moindre détail de la vie de ses cousines, de son grand oncle. Pourquoi sont-ils restés coincés là-bas ? Que furent leurs derniers jours ? La galerie de portraits des vieux juifs rescapés qu'il rencontre force le respect. Ils sont restés debout. Comment ont-ils faits pour vivre avec ça ? Même si l'auteur reste centré sur sa famille et tente de donner corps à ces ombres du passé, c'est un ouvrage d'une richesse infinie sur la judaïté.

untitled